Je suis bien emmerdée.

Au bout de presque 4 ans loin de la France, j’ai commencé à m’approprier des repères étranges, et passé l’éblouissement des premiers temps, je dois dire que je suis un peu perdue.

Empêtrée dans une mélasse de problèmes, et d’un peu de désillusions, j’essaie quand même d’y voir un peu plus clair.

Je suis pas partie sur un coup de tête, j’avais prévu mon coup, et je savais que c’était pour longtemps. Cette vie que j’avais ne me convenait plus, ou plutôt, elle ne m’a jamais correspondu. Je n’ai jamais été vraiment brillante, mais j’ai fait des études, dont je ne me plains pas, c’est plutôt ce que je voulais faire. Je crois que si tout n’a pas été tout droit, je crois que ce qui est à revoir, ce n’est pas mon enseignement, mais mon éducation.

Il y a là une chose qui me gène terriblement. Très jeunes, nous sommes entraînés à répondre à la question fatidique : « tu veux faire quoi plus tard? » Une fois que la réponse se dénue de toute la fantaisie liée à l’enfance, nous sommes contraints et forcés de voir un juge cruel qui va trancher sur la viabilité du projet, le conseiller d’orientation. Malheur à nous si le souhait formulé ne correspond pas aux fiches, on se voit obligés de changer tous nos plans, élaborés depuis la petite enfance. « Tu peux pas faire du graphisme, tu es pas assez bonne en maths ».

Je n’ai rien contre le concept de filtres, j’ai juste un problème avec les personnes qui les fabriquent de manière arbitraire.

L’école en France est faite de manière à conduire au plein emploi, et non pas à nous éduquer, en tant qu’être humain. Et ce faisant, les personnes qu’elle laisse sur le carreau de la vie grandissent fatalement avec de grands troubles de la confiance en soi.
Ce qui est devenu le mal du siècle, ne se matérialise pas forcément par l’incapacité de coordonner une veste et un pantalon, et ne se règle pas forcément à coup de relooking dispendieux.

Il y a une raison qui m’a retenue loin de mon « pays », du moins au début. C’est la nécessité d’accomplir un truc extraordinaire, quelque chose à raconter qui justifierais le temps passé hors de France. Parce qu’au fond, ce que tout Français attend, c’est au moins que l’on ait pourfendu un dragon, vécu au milieu des Indiens sans eau courante ni supermarché, ou bouffé de la licorne.

Le plus fou, c’est que discutant avec des autres expatriés Français, on a le même ressenti.

Tout ce cheminement un peu bancal, pour dire qu’à trente ans, imprégnée d’une logique autodestructrice, j’ai du mal à postuler pour des jobs cools, parce qu’au fond, j’ai peur de l’échec, que je n’y ai pas droit. L’énergie que je mets à me créer une carapace, je n’arrive pas à la canaliser à me faire avancer.

Je sens bien que je n’ai pas tout écrit, et que ce post est désespérément boiteux.  Et qu’il fait écho à celui de Chmily. Mais je crois que la thérapie fera plusieurs séances.

Liebster award

Grace ou à cause de ma chère Chmily Kueta, je me suis fait tagguer dans un jeu de questions réponses. Ça me permettra de faire un round up avec deux trois faits de mon histoire. En fait je sais même pas comment l’introduire.

 

11 choses plus ou moins intéressantes et sans aucun rapport entre elles que vous ne savez peut-être pas sur moi :

  • je suis en Argentine depuis presque 4 ans
  • je suis partie pour 6 mois mais au fond de moi je savais que je partais pour un très long voyage
  • j’ai un petit chat noir qui martyrise ma coloc
  • je suis directrice artistique en publicité, mais au chômage, je survis de brique et de broques
  • le prochain tatouage je le connais depuis deux ans
  • j’aime regarder des let’s play quand je suis malade ou bien que j’ai la gueule de bois
  • j’aime pas les kiwis
  • je vais amener Cerise quand je rentrerais en France
  • je suis fan de Hearthstone
  • j’aimerais vivre à Londres, dans deux ans (encore dans l’ordre du rêve)
  • mon plus grand rêve est de nager avec des dauphins… ou pas.  pour celle ci je sèche.

et les questions de Chmily!

1. Tu peux te présenter en 5 mots ?

non, impossible.

2. Pour toi, bloguer c’est … ?

Balancer des mots en faisant le plus de figures de style chelou possible afin que ma coloc qui sort d’une grande fac de lettres me dise que c’est pourri.

3. Une des choses que tu préfères dans le pays où tu vis ?

Mes amis 🙂 ils sont là même si je les maltraite souvent ils sont toujours là pour moi.

4. Une chose que tu détestes ?

l’attente. attendre le bus, attendre ton courrier, attendre ta paye, attendre les gens en retard…

5. Ta plus belle découverte dans ce pays ?

l’affection des gens, je crois.

6. Ton livre préféré ? (Ou tes 5 livres préférés si c’est trop dur de choisir)

Le Tour de Gaule d’Astérix ou bien la bio de Steve Jobs.

7. Où tu rêves de te voir dans 10 ans ?

À Paris, parce que je ne l’ai jamais fait.

8. Où tu penses que tu seras vraiment dans 10 ans ?

Certainement pas à Paris. Récemment j’ai vu le film de Klapisch « Casse tête Chinois » où le héros (Romain Duris, je sais plus le nom du personnage) se retrouve à 40 ans après des années de vie stable, à dormir sur un matelas dans un appart miteux de China Town, à New York. Ça pourrait tellement être ma vie, et après tout, c’est pas si grave, l’essentiel c’est de vivre, après tout.

9. 3 choses à faire avant de mourir ?

Faire un enfant, le faire rire, et lui faire écouter de la techno dès son plus jeune âge (no joke)

10. Ton meilleur souvenir de voyage ?

Je vais spoiler un futur article de mon blog : un jour j’ai trouvé un ami de mon père dans un bus longue distance (Buenos Aires-Sao Paulo) c’était incroyable la sensation de se trouver par hasard dans un lieu hors sujet, ça te fait réfléchir sur la vie, les cercles de connaissances, la métaphysique, et des choses qu’on peut pas vraiment expliquer.

11. Ta devise ? ou une conclusion ? Ou les deux ?

ma devise : une chanson de The Eels qui dit : Life is Hard, so am I (Novocaine for the soul)
conclusion : c’est bon? j’ai une bonne note?

Je ne peux pas me passer de déodorant.

Sur mon étagère de la salle de bain, ne trônent pas un, mais quatre flacons de déodorants, tous différents. Je suis comme ça, je ne peux pas me résoudre à refouler du dessous de bras.

Quand je suis partie en catastrophe de San Fernando, parce que je ne pouvais plus supporter dormir dans un salon où mon intimité était bafouée, je suis partie avec un sac à dos, et une brosse à dents. Revenue à la capitale, je me suis engouffré dans un supermarché me procurer la précieuse fragrance chimique.

De cette épopée, j’ai perdu une bonne partie de ma bibliothèque ambulante, et non sans déchirement j’ai aussi abandonné une partie d’accessoires qui avaient fait un bout de chemin avec moi. Mais la situation ne se prêtait pas à revenir en arrière, on s’était déjà trop foutu de moi.

J’ai réussi à louer avec mes dernières économies un superbe appartement en plein centre, d’un jeune danseur parti en tournée en Europe, pendant un mois et demi. Un répit de courte durée.

Je me suis trouvé un bout de lino chez la pote d’une pote, un carré de vie froid et démodé, sentant la pisse de chat et le moisi, mais avec une bonne couette achetée deux sous sur Mercadolibre, j’ai pu survivre. De toutes manières, c’était en attendant de prendre un autre logement, avec un vrai lit, cette fois.

Pendant deux mois j’ai donc essayé de me convaincre de vouloir vivre avec cette personne pendant deux ans, avec peu de résultat. Les recherches d’appart sont tombées à l’eau, et je me retrouve sans le sou, par un malheureux concours de circonstance. J’ai du trouver un autre bout de lino pour passer mes nuits, mais juste en attendant. Alors, oui, pourquoi pas laisser la moitié des affaires dans le garde meubles? Le propriétaire ne nous a même pas laissées la dernière semaine pour nous retourner, et nous avons du en vitesse mettre tous nos trucs dans des sacs, cartons, et j’ai mis machinalement un flacon de déo dans un de mes sacs en partance pour le garde meuble.

Ce qui devait durer deux semaines a duré plus de deux mois, et je passe l’hiver entre les canapés, les lits, les maisons des potes. Jusqu’à ce que j’aie du dégager.

C’est à ce moment là que répertoire de contact a esquissé une lueur d’espoir. Un de mes amis qui bosse dans un hostel m’a dit qu’une chambre se libère, et qu’il se porte garant pour moi, jusqu’à ce que j’aie arrangé mes soucis d’argent. J’ai mis mon flacon de déo dans ma valise cette fois sûre que je vais le retrouver le soir, et je laisse mes affaires à l’hostel, il m’a dit que ce soir il valait mieux que je dorme chez lui, qu’il y avait pas de chambre de libre en ce moment.

Vers minuit, le taxi me déposait dans une ruelle puante de Congresso, et je sonnais pendant une demie heure chez lui. La batterie de mon téléphone semblait ne pas vouloir me soutenir, et avant la fin, je composais le numéro d’une amie, au hasard. Partie avec quelques culottes, mon laptop et un seul jean, je me retrouve à la rue, une fois de plus, sans déodorant.

Pendant une semaine, j’allais de sofa en matelas gonflable, jusqu’à ce que je reçoive un mail providentiel, disant qu’un appart m’attendait à l’autre bout de la ville.

La fin du cauchemar. Je vais pouvoir retrouver un endroit où rassembler mes sacs d’affaires, et mes flacons de déodorants. Tous à moitié pleins.

Parce que galérer, je veux bien, mais seulement si je peux sentir bon des aisselles.

Les croquettes, ça ne pousse pas dans les arbres.

Tout se  mélange, et les articles sortent au compte goutte, car ça se bouscule dans ma tête. Aucune chronologie ne m’exige de poster les souvenirs dans l’ordre, et donc je ne sais plus quel souvenir je vais libérer dans le prochain article.
Un peu comme l’Auryn, ce blog vide ma conscience du poids des historiettes de ma vie. Exception faite que je n’ai ni la classe d’Atreju, ni la tour d’Ivoire, et cela ne me cause aucun tourment.

 

Mais je digresse, parce que j’adore ça.

 

Je ne sais plus quoi répondre à la question innocente « mais toi tu fais quoi dans la vie? ». Pas grand chose en vrai. En fait si, plein qui ne rentrent pas dans tes catégories.
Cette question me fatigue. Et sa version cajoleuse et marketteuse « mais qu’est ce que tu aimes faire dans la vie » encore plus. Non seulement je ne pense pas que mon interlocuteur en ait quelque chose à foutre de ce qui occupe mes journées, mais j’en ai assez de perdre mon temps à expliquer. Je vais de toutes façons être jugée, à la première syllabe on va me ranger dans une case.

 

Alors je dis que je ne fais rien. Et en général, cela déstabilise tellement ton interlocuteur, et déclenche un déluge de questions. Si bien qu’il est difficile d’imaginer quelqu’un ne rien faire de sa vie, l’ambition est encore plus mal comprise. Ou prise pour une lubie, une chimère. Je me sens un peu comme Hank Chinaski, au début de Factotum (il faut lire Bukowski, tu n’aimeras peut être pas mais au moins tu te sentiras moins inculte).

 

Partir, ça te donne conscience de bien des choses.

 

Combien la recherche du CDI comme du Saint Graal, n’est en fait qu’un phantasme, qu’on donne à la foule comme on donnerait des os ronger à un chaton qui ne veut pas laisser les orteils tranquilles un vieux chien de garde tapageur. En Argentine, il n’y a pas d’assedics, pas d’allocation aide au logement. Ça rend créatif sur le moyen de gagner ta vie. La ville offre un choix infini d’ateliers, de cours, et de facs où tu peux continuer à faire évoluer ta vie comme tu l’entends.Je me souviens encore les mensonges racontés en entretien d’embauche, juste parce qu’il fallait un job, non pas pour vivre, mais pour ne pas me marginaliser. Je ne suis pas anti système, loin s’en faut. Mais je ne vois plus le travail comme un fardeau, plutôt comme la possibilité d’élever son existence.

 

Je suis une idéaliste dans le fond.
Si l’envie te prend de critiquer l’orthographe du mot « phantasme » ne perds pas ton temps, dépêche toi tu vas être en retard à l’usine.

Jusqu’au bout de la nuit.

Ibiza, Djerba, Mykonos, Las Vegas… curieusement, on ne cite jamais ou presque Buenos Aires comme ville de fête.Et pourtant.

Il y a quelques jours, je fus encore frappée par la magie de ma ville.

 

Débouchant une bouteille, ma meilleure pote fêtarde, verse un peu de piquette dans le fond d’une coupe beaucoup trop jolie pour le liquide rouge et âpre avec lequel on va commencer la soirée.
Je grimace, mais j’exécute religieusement le rituel, une gorgée puis deux.

« on termine la bouteille et on y va » me dit elle, entre deux questions sur sa tenue. N’ayant aucun don pour la mode, je réponds très vite en prenant soin de ne pas objecter, afin de ne pas perdre de temps.

Le fond de bouteille sous le bras, on se dirige vers le bus 39, qui nous avale et manque de me recracher, le liquide infâme ayant commencé à faire effet.

Ma pote et moi, arrivâmes, au passé simple, dans une vieille bâtisse argentine, un long couloir, un homme affublé d’un pagne animal print nous ouvre. Un enfant se jette plus ou moins dans mes jambes et fini sa course en sens inverse, se vautrant dans les 36 vélos posés contre le mur.
Dans un patio ouvert sur la nuit, trône un grand arbre à caoutchouc, et autour, des dizaines de gens assis en tailleur mangent des choses dans des barquettes, boivent des trucs dans des gobelets. Pour 40 pesos, on prend une autre flasque de pinard qui goûte le vinaigre pétillant mais personne ce soir ne remarquera les contorsions de mon visage.

Les gens se massent devant un trio un peu manouche, un peu musette, et je me lance dans quelques pas de danses maladroits, engageant les gens à me rejoindre, avec un succès tiède. Leur succèdent quelques saynètes de meufs dont la malice parvient à m’arracher des éclats de rire.

C’est dans cette démonstration de joie collective que le petit ange de la bonne idée décide de me cogner la tête avec une massue. Putain, je suis soûle. « Ta gueule! ». Mais le chérubin ne m’écoute pas, et il m’assène un second coup de gourdin.

« Tu rentres, et tu l’écris, cette idée, sinon, tu vas être trop ivre pour t’en souvenir »

Je ne veux surtout pas me heurter à des oppositions à mon départ, donc je profite pour m’éclipser pendant que personne ne me regarde.

Je regagne l’arrêt du 151 en vitesse. Je mets la capuche de mon hoodie, tentant d’exposer mon corps au froid le moins possible, le ciel crachant une bruine glacée assez désagréable. Il y a longtemps que j’ai oublié l’heure qu’il était. Et ce satané bus qui n’arrive pas.
« Il ne viendra pas avant de longues minutes »

Je ne sais plus très bien si le vin me parlait encore, ou le bon sens, néanmoins c’est ainsi que je me retrouvais à mettre un pied devant l’autre, en direction de l’avenue Santa Fé.

Attendre le bus après une soirée est un vrai supplice, parce qu’il n’y a aucun signe qui montre que le bus arrive ou pas.

Donc je descend la très longue S.Ortiz à grandes foulées,  je salue des jeunes, qui vidaient des bières en pleine séance de cheap talk.
Et là je les entends parier sur mon origine. Stop. Je me tourne, indépendamment de ma volonté, et je leur crie que je suis française.

En deux minutes, sans que je comprenne bien comment, j’étais en train de tailler la bavette avec trois inconnus. Et je mets instantanément à profit l’étendue de ma culture générale : j’assemble toutes sortes de phrases avec des infos sportives écoutées d’une oreille un peu plus tôt. Ce qui donnait un peu un gloubiboulga de name dropping et d’inventions, qu’importe, ils me proposent de la bière.

Une fois terminée la bière et épuisés les sujets sur le foot et la taille de Valbuena, ils m’invitent à traverser l’avenue pour prendre une dernière bière. Bourrée, j’accepte, pendant qu’une jolie Colombienne nous rejoint, à la table. On me fait goûter un sandwich, on commande déjà la dixième bière… STOP. Arrêt sur image. Je suis attablée avec des inconnus, en train de délirer comme si on était de vieux amis. Personne ne me demande mon « 06 », personne ne veut savoir si j’ai un facebook. La meuf à ma gauche me raconte ses mésaventures avec les Argentins. Je me dis que ce moment rivalise de cool avec des moments que j’ai passé avec mes meilleurs potes.

Je ne me demande pas si j’aurais pu passer ce moment en France, la réponse est évidente.

Quand je prends congé de mes nouveaux amis, il est 6h00 du mat.

Je ne les reverrai probablement jamais, mais la nuit que j’ai passée restera une belle page de mon histoire en Argentine.

 

 

Nécessité d’écrire.

Mille ans que j’ai pas raconté ma vie sur internet. Mille ans que j’avais autre chose en tête, ou à faire. Je suis enfin posée avec mon ordi, dans un endroit que je peux enfin appeler mon chez moi.Ce fut long, peut être que je le raconterais, sûrement d’ailleurs, parce que certains événements ont eu lieu uniquement pour que je puisse les mettre dans une biographie croustillante.

Cocasse.

Cela fait presque quatre ans que je vis en Argentine, et tout ce temps je luttais contre le courant. Là j’ai enfin la tranquillité de savoir où je dors le soir.

J’ai embrassé le sentiment de quiétude conféré par le foyer, à tel point que j’ai même adopté une petite chatte. Ce qui semble être anecdotique, prend un sens tout autre. Être expat et prendre un petit animal, c’est comme s’éloigner un petit peu plus de la condition de free wheel de l’exilé. Cette condition étrange attribuée par l’éloignement des racines et des règles qui autrefois régissaient son existence. J’y reviendrais.

J’oubliais, ma chatte s’appelle Cerise.