Jusqu’au bout de la nuit.

Ibiza, Djerba, Mykonos, Las Vegas… curieusement, on ne cite jamais ou presque Buenos Aires comme ville de fête.Et pourtant.

Il y a quelques jours, je fus encore frappée par la magie de ma ville.

 

Débouchant une bouteille, ma meilleure pote fêtarde, verse un peu de piquette dans le fond d’une coupe beaucoup trop jolie pour le liquide rouge et âpre avec lequel on va commencer la soirée.
Je grimace, mais j’exécute religieusement le rituel, une gorgée puis deux.

« on termine la bouteille et on y va » me dit elle, entre deux questions sur sa tenue. N’ayant aucun don pour la mode, je réponds très vite en prenant soin de ne pas objecter, afin de ne pas perdre de temps.

Le fond de bouteille sous le bras, on se dirige vers le bus 39, qui nous avale et manque de me recracher, le liquide infâme ayant commencé à faire effet.

Ma pote et moi, arrivâmes, au passé simple, dans une vieille bâtisse argentine, un long couloir, un homme affublé d’un pagne animal print nous ouvre. Un enfant se jette plus ou moins dans mes jambes et fini sa course en sens inverse, se vautrant dans les 36 vélos posés contre le mur.
Dans un patio ouvert sur la nuit, trône un grand arbre à caoutchouc, et autour, des dizaines de gens assis en tailleur mangent des choses dans des barquettes, boivent des trucs dans des gobelets. Pour 40 pesos, on prend une autre flasque de pinard qui goûte le vinaigre pétillant mais personne ce soir ne remarquera les contorsions de mon visage.

Les gens se massent devant un trio un peu manouche, un peu musette, et je me lance dans quelques pas de danses maladroits, engageant les gens à me rejoindre, avec un succès tiède. Leur succèdent quelques saynètes de meufs dont la malice parvient à m’arracher des éclats de rire.

C’est dans cette démonstration de joie collective que le petit ange de la bonne idée décide de me cogner la tête avec une massue. Putain, je suis soûle. « Ta gueule! ». Mais le chérubin ne m’écoute pas, et il m’assène un second coup de gourdin.

« Tu rentres, et tu l’écris, cette idée, sinon, tu vas être trop ivre pour t’en souvenir »

Je ne veux surtout pas me heurter à des oppositions à mon départ, donc je profite pour m’éclipser pendant que personne ne me regarde.

Je regagne l’arrêt du 151 en vitesse. Je mets la capuche de mon hoodie, tentant d’exposer mon corps au froid le moins possible, le ciel crachant une bruine glacée assez désagréable. Il y a longtemps que j’ai oublié l’heure qu’il était. Et ce satané bus qui n’arrive pas.
« Il ne viendra pas avant de longues minutes »

Je ne sais plus très bien si le vin me parlait encore, ou le bon sens, néanmoins c’est ainsi que je me retrouvais à mettre un pied devant l’autre, en direction de l’avenue Santa Fé.

Attendre le bus après une soirée est un vrai supplice, parce qu’il n’y a aucun signe qui montre que le bus arrive ou pas.

Donc je descend la très longue S.Ortiz à grandes foulées,  je salue des jeunes, qui vidaient des bières en pleine séance de cheap talk.
Et là je les entends parier sur mon origine. Stop. Je me tourne, indépendamment de ma volonté, et je leur crie que je suis française.

En deux minutes, sans que je comprenne bien comment, j’étais en train de tailler la bavette avec trois inconnus. Et je mets instantanément à profit l’étendue de ma culture générale : j’assemble toutes sortes de phrases avec des infos sportives écoutées d’une oreille un peu plus tôt. Ce qui donnait un peu un gloubiboulga de name dropping et d’inventions, qu’importe, ils me proposent de la bière.

Une fois terminée la bière et épuisés les sujets sur le foot et la taille de Valbuena, ils m’invitent à traverser l’avenue pour prendre une dernière bière. Bourrée, j’accepte, pendant qu’une jolie Colombienne nous rejoint, à la table. On me fait goûter un sandwich, on commande déjà la dixième bière… STOP. Arrêt sur image. Je suis attablée avec des inconnus, en train de délirer comme si on était de vieux amis. Personne ne me demande mon « 06 », personne ne veut savoir si j’ai un facebook. La meuf à ma gauche me raconte ses mésaventures avec les Argentins. Je me dis que ce moment rivalise de cool avec des moments que j’ai passé avec mes meilleurs potes.

Je ne me demande pas si j’aurais pu passer ce moment en France, la réponse est évidente.

Quand je prends congé de mes nouveaux amis, il est 6h00 du mat.

Je ne les reverrai probablement jamais, mais la nuit que j’ai passée restera une belle page de mon histoire en Argentine.

 

 

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2 réflexions sur “Jusqu’au bout de la nuit.

  1. aahhh…. oui je me souviens bien de cette putain de S. Ortiz – je l’ai aussi une fois remontée au pas de course jusqu’a Santa Fé a 3h du mat’ parce que j’arrivais pas a trouver l’arrêt du 106 (normal, il est au sud de Cordobá!) Sauf que moi c’était pas de mauvais vin que j’etais pleine, mais j’etais ivre aux oxyticines après avoir dansé le tango toute la nuit au Club Villa Malcolm… et puis, il faisait 22 degrés 🙂 Mais le dimanche d’après, j’ai pris un taxi!

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