On the verge…

5 Ans. Enfin, un peu plus, au moment où j’écris ces lignes. Le maté que je ne pouvais pas boire au début de mon aventure, est en train de refroidir, tranquillement sur la table, Cerise me regarde avec cet oeil félin bienveillant, allongée sur le lit, alimentant sa progéniture, that’s how life goes.

Ça pue du cul. 

J’ai senti ce vide plusieurs fois dans mon voyage. Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut. En apparence tout va bien. J’ai réussi à peu près à me débarrasser de cette faune toxique qui me faisait clairement perdre mon temps, je me suis mise au sport, j’ai un appart super cher dans un quartier huppé de Buenos Aires. Et pourtant j’arrive à plat. Plus de jus. Pas envie de me battre pour tout ça. Je suis une battante, mais sous certaines conditions, je casse comme du verre.

« Fais le bilan »

Calmement.

« Tu as mûri »

Oui mais j’ai eu 30 ans, et même 31.  Quand bien même, j’ai l’impression de faire toujours les mêmes erreurs. Sont-elles inscrites dans mon génome? Je vois les choses différemment, comme avec le prisme de l’expérience. J’ai passé de bons moments en 5 ans, de très bons même. J’ai découvert le taekwondo, et que je pouvais évoluer dans cet art. Si on se réfère à ce moment, les 5 années entières valent la peine d’avoir été vécues.

« le taekwondo »

Sans aucun doute. À l’échelle de ma vie, cette découverte est surtout spirituelle. Je savais que les arts martiaux me plaisaient, mais la pratique a tellement élevé ma conscience que je peux difficilement imaginer arrêter de pratiquer demain.

et quoi d’autre?

Je ne sais pas. J’arrive en France une main devant une main derrière, avec très peu d’expérience valorisable sur le plan professionnel. Ce n’est pas pointer au chômage qui me dérange, c’est de pas savoir quoi leur dire.

Même si la situation pour moi est compliquée ici, je pense que ce le sera d’une manière de différente en France.

Malgré tout, je passe toujours beaucoup à être sur le point de faire quelque chose, et malgré la dynamique excellente de ce procédé, je vieillis. Je me prive de toute relation amoureuse parce que ça me rend fragile. Ce qui ne signifie pas que je ne tombe pas amoureuse, malheureusement. CQFD.

Charyot Sabum nim geh, Kyong ye (español)

Tengo un gran problema en la vida. Siempre me siento demasiado vieja. En Francia, materializamos nuestros temores de fracaso por el miedo a la práctica. ¿Vale la pena poner lanzarse si no vamos a ser un crack? . Bajo fondo de retórica, comencé un nuevo tema: superación de sí mismo, propicio en el extranjero.

Por una linda  mañana de enero austral empujo la puerta de un dojang, toda impregnada de esta timidez que me caracteriza. Taekwondo. Qué idea, comenzar a los 30 años? Si puedo responder a esa pregunta sin problemas, será el tema de otro post.

Empecé diciéndome que practicaré haciendo « la mía », porque mi cuerpo estuvo luchando para negociar sus limitaciones técnicas, convencida de no ser más capaz de mandar correctamente una patada frontal que de transformar aluminio en oro. Saque provecho de todos modos, cada clase era una verdadera catarsis. Pasé tiempo encadenada por mi timidez. Al principio, si me pasaba llegar tarde, daba media vuelta hacia casa por miedo de  llamar la atención. Así que empecé a salir muy temprano de mi casa.

Rápidamente desarrollé una adicción a esa liberación de adrenalina. Tres veces a la semana, me permitía expresar mi cuerpo toda la violencia que absorbe diariamente.

Todavía incómoda, incapaz de hacer cualquier pregunta en clase, me pasé la mayor parte de mi tiempo en busca de toneladas de respuestas en Google. Y así es como aprendí muy rápidamente lo que un Bandae Yop Chagui, un tul, saju jirugui. Arrinconada en mi burbuja, mis compañeros vinieron a mí, me quede sorprendida. Pensaba que no tenía legitimidad para acompañarlos a torneos, me sentí mal por un discurso de nuestro instructor nos responsabilizo a la importancia de subir el animo de los competidores.

Poco a poco, y por primera vez en mi vida, me sentí parte de un equipo. Yo que era « mala » en deportes, y fui totalmente integrada en un grupo. Y sin las zalemas habituales. Este momento de transición era mágico, y fui habitada por una energía loca, que no me dejaba dormir.

Sólo quedaba para mí sólo dos soluciones: o quedarme en la mía, o ponerle dos veces más energía en la práctica. Elegí la segunda. Además de aportarme  como una extensión infinita de conocimiento (que por lo general me lleva al éxtasis) practicando taekwondo despertó combatividad enterrada en mí desde la infancia. La mejor parte es que no creo que hubiera hecho un arte marcial en Francia. Lo que quiero decir es que, además de estar en « venganza por la niñez, » estoy convencida de que puedo hacer lo que me dé la gana , y eso no me deja irme de Argentina.

Además, creo que no he sido tan delgada desde que tenía 23 años …

Charyot Sabum nim geh, Kyong ye

J’ai un gros problème dans la vie. Je me sens toujours trop vieille. En France, on symptomatise nos peurs de l’échec par une peur de la pratique. Est-ce que c’est la peine de se lancer si on ne va pas être un crack? . Sous fond de rhétorique, j’amorce un nouveau thème : le dépassement de soi, propice à l’étranger.

Par un joli matin de janvier austral, je pousse la porte d’un dojang, toute pétrie de cette timidité qui me caractérise. Le taekwondo. Quelle idée de commencer à 30 ans? Si je peux répondre sans problèmes à cette question, ce sera le sujet d’un autre post.

J’ai commencé par me dire que j’allais pratiquer dans mon coin, parce que mon corps avait du mal à négocier les nombreuses contraintes techniques de l’art, convaincue d’être aussi capable d’envoyer correctement un coup de  pied frontal que de transformer de l’aluminium en or. J’y trouvais tout de même mon compte, chaque classe étant une véritable catharsis. J’ai passé du temps enchaînée par ma timidité. Au début, s’il m’arrivait d’être en retard, je tournais les talons, de peur de me faire remarquer. Alors, j’ai commencé à partir vraiment tôt de chez moi.

J’ai vite développé une addiction à ce lâcher d’adrénaline. Trois fois par semaine, je laissais mon corps exprimer toute la violence absorbée au quotidien.

Encore mal à l’aise, dans l’incapacité de poser la moindre question en classe, je passais le plus clair de mon temps à chercher des tonnes de réponses sur Google. Et c’est comme ça que très vite j’ai appris ce qu’était un Bandae Yop Chagui, un tul, saju jirugui.
Coincée dans ma bulle, mes camarades sont venus vers moi, à ma grande surprise. Moi qui croyait que je n’avais aucune légitimité à les accompagner aux tournois, je me suis sentie mal sur un speech de notre instructeur qui nous responsabilisait sur l’importance de venir soutenir le moral des compétiteurs.

Petit à petit, et pour la première fois dans ma vie, je me suis sentie membre d’une équipe. Moi était « mauvaise » en sport, me suis pleinement intégrée dans un groupe. Et ce, sans faire les salamalecs habituels, sans montrer ni pattes blanches, ni seins. Ce moment de transition était magique, et j’étais habitée par une énergie folle, qui ne me laissait pas dormir.

Il ne me restait plus que deux solutions : soit je restait dans mon coin, soit je mettais deux fois plus d’énergie dans la pratique. J’ai choisi la deuxième. En plus de se présenter à moi comme une étendue de connaissances infinie (ce qui en général me pousse à l’extase) la pratique du taekwondo a réveillé une combativité enfouie en moi depuis l’enfance. Le plus beau, c’est que je ne pense pas que j’aurais fait un art martial en France. Ce que je veux dire, c’est qu’en plus d’être en mode « revanche sur l’enfance », je suis convaincue que je peux faire ce que bon me semble ici… et j’y reviendrais mais ça m’empêche de partir…

Par ailleurs, je crois que je n’ai pas été aussi mince depuis mes 23 ans…

Vieille frustration.

Depuis peu, je me suis remise à jouer intensément, tant et si bien que je me demande pourquoi j’ai un jour arrêté. Je crois que ça a éclaté avec un jeu d’Ubisoft, The Mighty Quest For Epic Loot un espèce de tower defense/hack and slash (si, si…) complètement gratuit et fun.

Et puis j’ai récemment découvert Steam, et la manette de XBOX 360  connectable USB (le Graal, laisse tomber) et l’un fonctionne avec l’autre, mais pas que.

J’ai téléchargé Megaman X.

Un électrochoc.

J’avais neuf ans (ou bien dix) le jour où j’ai fait la connaissance du petit robot humanoïde chasseur de Mavericks, né du cerveau de Akira Kitamura et des mains de Keiji Inafune, des studios de production Capcom. Bref, ma bff de l’époque (for ever à cette époque de la vie à une notion toute relative) et son frère possédaient une Super Nintendo qui nous faisait passer de longues après midi au chaud à doser des petits nanimaux robotisés en maltraitant le pad de la SNES.
J’étais nulle à chier. Je me faisais constamment brutaliser (verbalement) pour avoir gâché la précieuse vie qui permettait d’accéder au boss sans avoir à se retaper tout le niveau entier.

Mes potes étaient tellement taquins que je finissais toujours par passer mon tour, passer la manette, et ne pas jouer du tout, de peur de tout gâcher, et ne pas faire passer à mes compagnons l’enfer d’avoir à se retaper vingt fois des phases débiles avec avec une physique dégueulasse. Parce que, faut bien avouer, vingt ans après ce jeu est pas plus facile. Je suis nulle aux platformers, mais sincèrement, est-ce qu’on peut être bon sans entraînement? Et comment peut on avoir de bons réflexes quand on attend la moindre erreur de ta part pour vociférer les pires brimades? Quand la peur de faire des erreurs te dépouille de tes moyens?

Je parle de Mégaman, mais je pourrais aussi parler de faire du vélo, d’entreprendre, peu importe. L’électrochoc, avec le recul, c’est que rien n’est facile du premier coup.

Je suis toujours aussi nulle, nonobstant, je prends beaucoup de plaisir à jouer, et je n’ai plus le stress de la cour de récrée, « anhlala mais t’es trop nulle, tu as pas encore dosé le boss des glaces, moi j’ai fini 3 fois le jeu en mode difficile ». ‘Sont cons ces mioches.

Tout ça m’amène a dire que si on me demandait quelle serait ma console favorite, ce ne serait pas la Playstation, que j’ai possédée et achetée par deux fois (le rail plastique du lecteur de la première génération était aussi fiable qu’un préservatif passé au four) mais la SuperNes.

Je me demandais pourquoi certains répondent « Saturn » et maintenant, je commence à comprendre. Ce n’est pas une question de nostalgie, mais de faire leur fête à de vieilles frustrations. Toi qui n’a pas dosé Revenge of Shinobi, tu as tout le loisir, de t’y mettre.

Calimerages.

Un mardi, je sors de chez moi en trombes pour ne pas être en retard pour chopper le métro qui va m’amener à mon cours de français. Et là, en esquivant un lot d’ouvriers ronchons, je tombe nez à bec avec un petit oisillon. Il était là, se fondant dans le décor, et la vision du volatile m’a transpercé la rétine, tant et si bien qu’il est indélébilement codé dans mes images mentales. J’attendais que le petit bonhomme passe au blanc quand j’ai réalisé : ce petit oiseau, c’est moi. Un petit être sans défenses, qui pourrait faire des trucs extraordinaires mais qui sait pas comment s’y prendre, seul et sans guide.
Bah, dans les grandes lignes. Je ne volerais pas, moi. À mon échelle, je ne sais pas trop à quoi ça correspond. Je m’identifie à ce petit oiseau. Un peu déplumée, pas très sûre de ce qu’il va m’arriver dans les cinq minutes qui suivent.
2014 comme 2013 n’a pas été très glorieuse, pour un tas de raisons. Enfin, pour une raison. Je me suis rendue compte que malgré tous les efforts fournis pour me créer un cercle de relations, je suis tous juste parvenue à me dire que je suis inadaptée sociale. J’ai toujours l’impression de trouver des gens de ma tribu, puis ils s’éloignent très vite, me laissant exsangue. Rien de nouveau, je te dirais. Je vis ça depuis aussi longtemps que je me souvienne.

La chose qui a changé l’an dernier, c’est que j’ai réussi à comprendre certains trucs. Je suis très « tout ou rien », dans mes relations, et que l’énergie positive est aussi importante à canaliser que l’énergie négative. Au début de ce constat, tombe le couperet de l’effroi. C’est insurmontable, je ne pourrais jamais me défaire de ce défaut. Depuis, j’ai remis les choses un million de fois ou plus sur la balance. Bon, on verra ce qu’on peut faire.

Je me suis enfermée dans ma Tour d’Ivoire, et je me sens curieusement bien. Je ne sais pas comment expliquer. Je me suis coupée du monde, et je me sens en sécurité.

D’ici aussi je suis Charlie.

Comme tout le monde, j’ai été sous le choc, dans le déni, et je n’oublierais jamais les images des journalistes réfugiés sur un rooftop parisien, et le temps que mon cerveau a mis à déchiffrer et intégrer l’information.
Attentat meurtrier à la rédac de Charlie Hebdo.

Depuis lors, mon cerveau reste branché h24 sur les directs de télé française. Je veux essayer de comprendre quel mal ronge l’humanité.

C’est marrant il n’y a pas si longtemps je terminais un livre, le Samurai Virtuel (Neal Stephenson) qui a une vision bien particulière de la religion, de ce qu’elle change dans le cerveau d’un être humain, et de quelle manière elle change la valeur de la vie. Mais ce qui se passe sous nos yeux, ce n’est pas de la fiction. C’est une barbarie.

Je connaissais de Charlie Hebdo les dessins de Charb et Cabu les plus softs, ceux qui passent à la télévision aux heures de grande écoute, et je crois que c’est pas vraiment le propos d’être ou non d’accord avec leurs dessins.
Des personnes ont été bêtement abattues de sang froid. Bêtement.

Trois journées en enfer.